Un flacon translucide, un pinceau qui glisse sur l’ongle, une lumière UV qui durcit tout en quelques secondes. Le vernis semi-permanent s’est imposé comme un geste de beauté ordinaire, pratiqué aussi bien dans les instituts professionnels qu’à domicile. Ce que beaucoup ignorent, c’est que certaines formules contiennent des substances classées toxiques, dont l’usage est désormais encadré ou interdit par la réglementation française et européenne.
Comprendre l’interdiction du TPO
La molécule au cœur du débat s’appelle le TPO, abréviation de diphényl(2,4,6-triméthylbenzoyl)phosphine oxyde, aussi désigné sous le terme trimethylbenzoyl. C’est un photoinitiateur, c’est-à-dire un composé chimique qui déclenche la polymérisation du gel sous lampe UV ou LED. Sans lui, le vernis ne durcirait pas. Avec lui, des risques sanitaires sérieux ont été identifiés.
Le TPO est classé substance reprotoxique de catégorie 1B par l’Union européenne, ce qui signifie qu’il est suspecté de nuire à la fertilité ou au développement du fœtus. Cette classification reprotoxique a conduit les autorités européennes à inscrire cette substance sur la liste des ingrédients interdits dans les cosmétiques. À partir du 1er septembre 2024, la fabrication et la mise sur le marché de produits cosmétiques contenant du TPO sont interdites dans l’Union européenne. Un délai supplémentaire a été accordé pour l’écoulement des stocks existants, fixé au 1er mars 2025, date à partir de laquelle la vente de ces produits devient également illégale.

Cette interdiction concerne directement les vernis à ongles semi-permanents, les gels de construction et les produits de manucure à durcissement UV. Elle s’applique aussi bien aux professionnelles des instituts qu’aux consommateurs qui achètent ces formules pour un usage à domicile.
Des marques comme Ôdass Paris ont anticipé ces évolutions réglementaires en proposant des vernis semi-permanents biosourcés et véganes, formulés sans les substances prohibées par la réglementation européenne.
Ce que dit la réglementation européenne sur les cosmétiques
Le cadre juridique applicable repose sur le Règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques, qui établit les listes d’ingrédients autorisés, restreints ou interdits dans l’Union européenne. Ce texte est complété par des règlements délégués qui actualisent régulièrement les listes en fonction des nouvelles données toxicologiques.
Le TPO n’est pas la seule substance visée dans les formules de vernis semi-permanents. D’autres photoinitiateurs font l’objet d’une surveillance accrue, notamment le EDMAB (éthyl 4-diméthylaminobenzoate) et le BAPO (bis(2,4,6-triméthylbenzoyl)-phénylphosphine oxyde), également classés dans des catégories de toxicité préoccupantes. La Commission européenne a mandaté le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (CSSC) afin d’évaluer l’ensemble des photoinitiateurs utilisés dans les produits cosmétiques à durcissement UV, et de nouvelles restrictions pourraient suivre dans les prochaines années.
Au-delà des photoinitiateurs, les formules de vernis à ongles semi-permanents peuvent contenir d’autres substances toxiques déjà encadrées depuis plus longtemps. Le formaldéhyde, le toluène et le dibutylphtalate (DBP) figurent parmi les composés les plus connus du grand public sous l’appellation « trio toxique » ou « big three ». Leur restriction ou interdiction dans les cosmétiques européens date des années 2000 et 2010, mais leur présence dans des produits importés hors Union européenne reste un risque réel pour les consommateurs qui s’approvisionnent en dehors des circuits réglementés.
Selon les informations publiées par le gouvernement français, les professionnelles de la manucure et les consommateurs peuvent consulter la source officielle de service-public.gouv.fr pour vérifier les substances concernées et les dates d’application des interdictions en vigueur.
Pourquoi ces substances se retrouvent encore dans certains produits
Malgré la réglementation européenne, des produits non conformes continuent de circuler sur le marché. La raison principale tient à la structure du commerce en ligne : des plateformes de vente internationales distribuent des vernis semi-permanents fabriqués hors Union européenne, souvent sans que les formules soient vérifiées au regard des exigences du règlement cosmétiques européen.
Les professionnelles de la manucure qui s’approvisionnent auprès de grossistes peu scrupuleux ou via des importateurs non certifiés s’exposent à utiliser des produits contenant du TPO ou d’autres substances interdites. La responsabilité juridique peut alors se retourner contre elles, notamment en cas de réaction allergique ou de signalement par une cliente. Les dermatologues et allergologues signalent depuis plusieurs années une augmentation des cas de sensibilisation aux méthacrylates, composés présents dans les formules gel et semi-permanentes, ce qui a contribué à accélérer la prise de conscience réglementaire.
Les stocks de produits contenant du TPO mis en vente avant le 1er septembre 2024 ont bénéficié d’une période transitoire jusqu’au 1er mars 2025. Passée cette date, toute vente de ces formules est illégale sur le territoire français et dans l’ensemble de l’Union européenne, quelle que soit la date de fabrication du produit.
Identifier un vernis semi-permanent conforme
Lire la liste INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients) figurant sur l’emballage reste le moyen le plus direct de vérifier l’absence de substances interdites. Le TPO y apparaît sous la dénomination « Diphenyl(2,4,6-trimethylbenzoyl)phosphine oxide » ou « Trimethylbenzoyl diphenylphosphine oxide ». Son absence de la liste INCI ne garantit pas à elle seule la conformité du produit, mais sa présence constitue un signal d’alerte immédiat.
Les marques qui s’engagent sur des formules véganes et biosourcées tendent à communiquer davantage sur la composition de leurs produits, ce qui facilite la vérification par le consommateur. Cette transparence n’est pas une obligation légale spécifique aux formules véganes, mais elle correspond souvent à une démarche de reformulation qui exclut les photoinitiateurs problématiques au profit d’alternatives moins controversées.
Les professionnelles du secteur, notamment les prothésistes ongulaires formées aux normes européennes, recommandent de privilégier des fournisseurs capables de fournir les dossiers d’information sur les produits (DIP), documents obligatoires pour tout cosmétique mis sur le marché dans l’Union européenne. Ces dossiers contiennent l’évaluation de sécurité réalisée par un expert qualifié et attestent de la conformité de la formule au règlement cosmétiques.
La question qui reste ouverte est celle de l’effectivité des contrôles sur les produits importés vendus en ligne, où la traçabilité des formules demeure difficile à assurer pour les autorités compétentes.
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